Capacité d’apprentissage dans les communautés francophones en situation minoritaire

Favoriser l’apprentissage dès la petite enfance

C’est pendant leurs premières années que les enfants échafaudent leur avenir.  L’environnement dans lequel ils grandissent, tant à la maison qu’à l’extérieur de celle-ci,  joue un rôle décisif dans la réussite des petits enfants à leur entrée scolaire. Ainsi, des données recueillies récemment par l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes révèlent que : 

  • les connaissances et les compétences que possèdent les enfants lorsqu’ils entrent à l’école sont étroitement liées à leur réussite;
  • les enfants qui ont des interactions positives avec leurs parents, par exemple, à qui les parents racontent une histoire chaque jour, ont tendance à obtenir de meilleures notes que les autres enfants quant à leur aptitude à communiquer, à apprendre et même à jouer de façon coopérative avec d’autres enfants;
  • ceux qui participent à des activités sportives structurées et qui prennent des cours d’activité physique ou d’art manifestent aussi une plus grande aptitude à apprendre.

Des études récentes sur le développement des enfants francophones vivant dans des communautés en situation minoritaire ont démontré qu’une proportion de plus en plus élevée de ces enfants font face à des défis importants au moment de leur entrée à l’école française car il leur manque les capacités linguistiques nécessaires à une bonne intégration au système scolaire. Pour ces jeunes enfants, le développement des capacités langagières et de communication en français est souvent rendu difficile par leur immersion dans un environnement social majoritairement anglophone. Les défis sont encore plus importants lorsqu’un des parents, surtout la mère, communique le plus souvent en anglais avec l’enfant.

Pouvons-nous aider les enfants francophones en milieux minoritaires à relever ces défis pour qu’ils soient prêts à apprendre dès leur entrée à l’école?

Renforcement de la capacité d’apprentissage dans les communautés francophones en situation minoritaire (auparavant le Projet pilote de garde d’enfants, PPGE) évalue les impacts d’un nouveau programme préscolaire francophone sur le développement linguistique et culturel et la capacité d’apprentissage des enfants d’âge préscolaire. La SRSA mène le projet dans six communautés francophones minoritaires à travers le Canada, dont Edmonton en Alberta, Cornwall, Durham et Orléans en Ontario, ainsi que Edmundston et Saint-Jean au Nouveau-Brunswick. Le projet fait partie du Plan d’action pour les langues officielles du gouvernement du Canada et a été lancé en 2003. Les résultats de ce projet contribuera au savoir collectif sur les approches efficaces et donnera aux parents, aux fournisseurs de services et aux communautés des informations fiables sur la conception et la mise en œuvre de services à la petite enfance ciblant les familles francophones vivant en situation minoritaire. Les résultats de l’étude aideront également à identifier des solutions pour la conservation de l’identité francophone et à optimiser le développement général de l’enfant.

Méthodologie

Le projet met à l’essai un nouveau programme préscolaire composé d’un volet enfant et d’un volet parent.  Le volet enfant comprend des services offerts dans une garderie par des éducateurs qui aident les enfants à développer des aptitudes à communiquer et des aptitudes linguistiques en français, à affirmer leur identité francophone, à leur inculquer un sentiment de fierté en les familiarisant avec la culture canadienne française (à l’aide de chansons, d’histoires et de traditions, par exemple), et à améliorer leur capacité d’apprentissage globale. Ces services sont basés sur le Programme d’études : Écoles fransaskoises – Prématernelle développé en 2001 par le ministère de l’Éducation de la Saskatchewan. Les éducateurs responsables de la prestation du programme suivent une formation régulière et soutenue.

Le volet famille consiste en une série d’ateliers d’alphabétisation familiale auquel participent les parents. Le contenu de ces ateliers vise à les informer des façons de renforcer chez leurs enfants leurs habiletés en mathématiques, en lecture et en écriture. Par l’entremise des ateliers, les parents ont accès aux outils de langue française, tels que des jouets, des livres, des enregistrements audio-visuels.

Plus de 400 enfants francophones d’âge préscolaire et leurs parents, provenant de deux cohortes, participent au projet. Les enfants de la première cohorte sont nés en 2004 ou en janvier 2005. Ceux de la deuxième cohorte sont nés en 2005. Les participants sont des ayants droit francophones, c’est-à-dire qu’ils ont au moins un parent dont la première langue apprise et encore comprise est le français, un parent qui a fait ses études primaires en français au Canada, ou un frère ou une sœur qui étudie ou a étudié en français au Canada (voir l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés). Les services de garde et les ateliers d’alphabétisation familiale ont été mis en œuvre à l’automne 2007 pour la première cohorte et à l’automne 2008 pour la deuxième cohorte. Les modalités de prestation du nouveau programme sont les mêmes pour les deux cohortes. Certaines communautés ont les services livrés sur une période d’un an tandis que d’autres ont les services livrés sur une période de deux ans.

Approche quasi-expérimentale

La méthodologie de recherche du projet ne fait pas appel à l'assignation aléatoire comme technique d’échantillonnage. En raison d’une infrastructure insuffisante et de l’engagement des fournisseurs de services de garderie à privilégier les frères et sœurs des enfants fréquentant déjà leur installation quand une place se libère, l’assignation aléatoire d’enfants et de leurs parents à un groupe expérimental ou à un groupe témoin, s’est avérée impossible à effectuer pour le projet. Une approche quasi-expérimentale a donc été sélectionnée selon laquelle les familles participant au projet ont été réparties parmi les trois groupes suivants :

  • Les familles dont les enfants sont inscrits dans la garderie offrant le nouveau programme préscolaire forment le groupe programme.
  • Les familles dont les enfants sont inscrits dans les garderies n’offrant pas le nouveau programme forment le premier groupe témoin.
  • Les familles qui ne font pas garder leurs enfants dans une garderie forment le deuxième groupe témoin.

La participation des familles dans le projet est volontaire, même si leur enfant est inscrit dans une garderie suivant le nouveau programme. Le groupe programme, comprenant les deux cohortes, compte environ un tiers des enfants inscrits dans des garderies francophones offrant le nouveau programme préscolaire. Ces enfants et leurs parents ont assisté aux ateliers d’alphabétisation familiale. Les autres enfants sont répartis à peu près également dans l’un des deux groupes témoins. Le premier groupe est formé d’enfants inscrits dans une garderie francophone qui n’offre pas le nouveau programme préscolaire, ce qui permet de contrôler les effets de fréquenter une garderie francophone. Un second groupe témoin est formé d’enfants qui se trouvent dans des modes de garde non réglementés (par exemple, en milieu familial).

Évaluation du programme

Le développement des enfants est mesuré à l’aide de l’outil Évaluation de la petite enfance – Appréciation directe (ÉPE-AD). L’outil sert à évaluer la maturité scolaire des enfants dans cinq domaines :

  • les connaissances générales dont la conscience de soi et de l’environnement;
  • les habiletés cognitives;
  • les habiletés langagières et de communication;
  • les habiletés physiques et motrices;
  • le niveau de conscience et d’engagement envers la culture francophone.

Puisque les principales influences du développement des enfants d’âge préscolaire proviennent de l’environnement familial et de garde, la majorité des mesures d’évaluation du programme porte sur les caractéristiques parentales et les caractéristiques de la garderie. Les ressources et les services communautaires à la disposition des familles francophones sont également pris en considération pour expliquer le développement des enfants.

Les parents répondent à une série d’enquêtes à différentes étapes du projet afin de fournir des renseignements sur le profil sociodémographique de la famille, sur les langues d’usage à la maison et à l’extérieur de celle-ci, sur les interactions qu’ils ont avec leurs enfants dans différentes situations et sur d’autres facteurs touchant la préparation à l’école.

Les caractéristiques des garderies programme sont évaluées au moyen de nombreuses observations sur place visant à contrôler la mise en œuvre du programme et la qualité de la prestation. On fait également des observations sur place des ateliers d’alphabétisation familiale. L’opinion sur la programmation est obtenue des éducateurs et des intervenants des ateliers d’alphabétisation familiale qui livrent les services. On compte aussi effectuer quelques observations sur place de garderies n’offrant pas le nouveau programme préscolaire afin de recueillir des renseignements sur les éléments du programme éducatif qui pourraient s’apparenter à ceux du programme mis à l’essai.

État du projet

À l’automne 2008, Ressources humaines et Développement des compétences Canada a jugé important de prolonger pour une période de deux ans le suivi des enfants participant au projet afin d’évaluer les effets à long terme du nouveau programme préscolaire. La décision de suivre le début de leur scolarisation sur une plus longue période pour savoir s’ils obtiennent de bons résultats à l’école a nécessité le recrutement d’une deuxième cohorte à l’automne 2008. Une centaine d’enfants provenant des communautés de Cornwall et d’Orléans se sont ajouté au projet, ce qui permettra de recueillir des informations plus fiables sur l’efficacité du programme et sur les activités faites par les parents avec leurs enfants. Des rapports périodiques seront publiés pour faire le point sur l’évolution du projet et sur les leçons tirées. Le premier rapport est prévu à l’automne de 2009.

Financement

Le projet Capacité d’apprentissage dans les communautés francophones en situation minoritaire est financé par Ressources humaines et Développement des compétences Canada.

Information

Pour en savoir plus long sur le projet de la SRSA, veuillez communiquer avec Louise Legault, la directrice du projet de la SRSA qui mène une équipe composée de chercheurs, de fournisseurs de services de garde, de représentants de conseils d’école, de fournisseurs de services de santé et de représentants de la collectivité.

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