Un programme préscolaire prometteur pour la vitalité des communautés francophones

4 mai 2016
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Une étude longitudinale de quatre ans

Une équipe de chercheurs de la Société de recherche sociale appliquée (SRSA) a suivi plus de 350 enfants et leurs parents francophones vivant en situation minoritaire, pendant quatre ans, afin d’étudier l’impact d’un nouveau programme préscolaire sur ces derniers. L’étude a utilisé un cadre expérimental permettant de comparer les résultats obtenus par le groupe de jeunes enfants participant au programme avec ceux des groupes témoins n’y participant pas.

Des résultats positifs

Selon Dre Louise Legault, chercheure associée à la SRSA et directrice du projet : « Globalement, les enfants connaissent un bond moyen de trois à quatre mois de croissance sur le plan des compétences langagières en français comparativement aux enfants des groupes témoins. Ces gains apparaissent tôt dans le programme et sont toujours observés quatre ans plus tard, au moment où les enfants commencent la deuxième année du primaire ». La Dre Legault ajoute : « les parents exposés au programme s’engagent plus à fond dans l’éducation de leur enfant ». Comparativement aux groupes témoins, les parents conscients d’être le premier éducateur de leur enfant font plus d’activités de littératie en français avec leurs enfants.

Le projet pilote en bref

Le projet Capacité d’apprentissage dans les communautés francophones en situation minoritaire a fait partie du Plan d’action pour les langues officielles de 2003–2008 et s’est poursuivi sous la Feuille de route pour la dualité linguistique canadienne de 2008–2013. Financé par Emploi et Développement social Canada, ce projet de démonstration pilotait un programme préscolaire jumelant un volet de service de garde spécifiquement développé pour répondre aux besoins des enfants francophones en milieu minoritaire et un volet d’alphabétisation familiale ciblant les parents de ces enfants.

La présence de deux volets complémentaires – l’un offert en garderie, l’autre prenant la forme d’ateliers familles – fait l’originalité de ce programme préscolaire. Six communautés réparties dans
trois provinces ont participé au projet : Edmonton (Alberta), Cornwall, Orléans et Durham (Ontario), et Saint-Jean et Edmundston (Nouveau-Brunswick). Le programme en garderie a été offert aux enfants au cours des deux premières années du projet tandis que la série de 10 ateliers familles fut offerte aux parents pendant la première année seulement. Les enfants et leurs parents ont été suivis pendant quatre ans. Cette période correspond au moment où les enfants sont âgés, en moyenne, de trois à
sept ans.

Plus on s’expose au français, meilleur est le rendement scolaire

Globalement, l’examen de la trajectoire développementale des enfants suggère une accélération soutenue du développement des compétences langagières des enfants exposés au programme durant les quatre années du projet, comparativement aux enfants des groupes témoins. Toutefois, la nature des gains dans le développement des enfants dépend de leur niveau d’exposition au français au début du projet. Les enfants issus d’un foyer où l’on parle surtout le français profitent sur le plan des compétences langagières en plus de tirer avantage du programme sur les compétences associées au rendement scolaire que sont la lecture et la capacité d’attention. Ainsi, les enfants vivant surtout en français au préscolaire (dans le foyer familial et en service de garde) sont mieux outillés pour apprendre et profiter pleinement des activités présentées dans le cadre du programme testé. Ils continuent d’ailleurs de se développer de façon accélérée au cours des premières années scolaires lorsqu’on compare leurs apprentissages avec ceux des groupes témoins. On constate également chez les enfants du groupe programme issus d’un foyer où l’on parle souvent anglais des gains dans leurs compétences langagières. Toutefois, en comparaison avec les groupes témoins, ces gains ne se traduisent pas par une croissance accélérée des compétences associées au rendement scolaire que sont la lecture,
la numératie et la capacité d’attention.

Des parents engagés

L’apport des parents n’est pas à négliger dans le développement des enfants, surtout lorsqu’il s’agit d’exposer ces derniers au français. De fait, les parents du groupe programme utilisent plus souvent le français lors d’activités de littératie au foyer au cours des trois premières années du projet, et ce, comparativement aux parents des groupes témoins. Cette période s’étend du préscolaire à l’entrée des enfants en première année scolaire. Cet effet du programme sur le comportement langagier des parents coïncide avec une croissance accélérée des compétences langagières chez les enfants participant au programme. Durant la quatrième année du projet, on observe une diminution de l’utilisation du français au foyer. En parallèle, on note une baisse de la performance, surtout chez les enfants issus d'un foyer à faible exposition au français en début de projet. Ensemble, ces résultats suggèrent qu’il y a lieu de continuer d’encourager les parents à soutenir le développement des compétences langagières en français de leur enfant dans le but d’assurer une meilleure maîtrise de la langue et, ultimement, de favoriser la réussite scolaire.

Compétences langagières : promesses de réussite

Le portrait des résultats dégagé du projet est évocateur lorsque l’on considère que les compétences langagières des enfants demeurent le pivot central de la réussite scolaire, qui en retour influence la réussite professionnelle et sociale. Les enfants exposés au programme sont plus susceptibles que ceux des groupes témoins de développer un bilinguisme additif. Cette forme de bilinguisme renvoie à un développement suffisant de la langue maternelle permettant de soutenir l’acquisition d’une deuxième langue sans entraîner de retard dans le développement des habiletés cognitives complexes (p. ex., la numératie) ou des compétences dans la langue maternelle. Les résultats de ce projet sont aussi d’actualité pour les communautés francophones en situation minoritaire qui veulent assurer leur vitalité.

Effets sur les communautés

Plusieurs objectifs de la Feuille de route et du Plan d’action furent atteints dans ce projet. Des témoignages recueillis tout au long du projet font état du renforcement de la capacité des communautés francophones en situation minoritaire participantes à favoriser le développement de leurs jeunes enfants. Les communautés ressortent du projet avec des ressources – matérielles et humaines – leur permettant de continuer leur travail en petite enfance. Les représentants communautaires ont souligné le renforcement de collaborations et la naissance de partenariats entre les organisations et les fournisseurs de services desservant les enfants d’âge préscolaire et leur famille. Ces mêmes représentants déclarent que le projet a permis d’approfondir leur compréhension du développement des enfants en milieu minoritaire, en particulier l’importance d’exposer ces derniers au français avant qu’ils ne commencent l’école.

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